Lorsque le dernier arbre, Michael Christie

♠ Titre : Lorsque le dernier arbre

♠ Auteur : Michael Christie

Traductrice : Sarah Gurcel

♠ Éditeur : Albin Michel (Terres d’Amérique)

♠ Année de parution : 2021

♠ Nombre de pages : 608

♠ Genre : fresque familiale

Bonjour ! Pour ma première chronique depuis plus d’un an, je viens vous parler du roman de Michael Christie, Lorsque le dernier arbre. Roman de la rentrée littéraire, coup de cœur de ma libraire, je l’ai finalement dévoré en quelques jours malgré ses quelques 600 pages…


La 4ème

« Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout – dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. »

D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.

2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire. Jacinda y travaille comme guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse. Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Fresque familiale, roman social et écologique, ce livre aussi impressionnant qu’original fait de son auteur l’un des écrivains canadiens les plus talentueux de sa génération.

Appréciation

Lorsque le dernier arbre semble un roman sur lequel il n’y a plus rien à dire, tant il est arrivé avec fracas sur la scène littéraire. Au Canada déjà, le livre a fait l’objet d’un succès retentissant. Suite logique donc, à son arrivée en France, qu’il figure parmi les plus belles découvertes de la rentrée littéraire ? Pour ma part, c’est indiscutable : ce roman est un monument et il serait fort dommage de passer à côté !

Michael Christie nous raconte l’histoire de Jake, guide dans la dernière forêt primaire du monde, où se pressent des touristes fortunés -pardon, des Pèlerins- en quête de spiritualité. Le monde tel qu’on le connaît a sombré, les arbres ont disparu, l’économie s’est effondrée et la Craquante (une maladie mortelle liée à la poussière qui avale la planète) se fraie un chemin douloureux parmi les humains occupant le bas de l’échelle sociale. Jonglant entre sa passion pour les arbres et sa dette immense, Jake travaille avec ardeur pour maintenir le souvenir d’une nature souveraine. Mais lorsqu’une ancienne relation débarque sur l’île pour la confronter à un passé qu’elle ne connaît pas, toute sa vie est remise en question.

Le lecteur est ensuite plongé dans l’histoire familiale de Jake. 2008, son père menuisier. 1974, sa grand-mère activiste. 1934, son arrière grand-père bûcheron. Et 1908, l’origine mystérieuse de ceux que l’on connaîtra mondialement sous le nom de Greenwood. Une construction du récit inhabituelle, pour une histoire exhaustive, ou du moins le plus possible. Les changements d’époque sont malins, bien placés dans le récit. Les personnages se succédant, il peut être difficile au départ de tenir compte de toutes les personnes qui gravitent autour des protagonistes, mais cela ne gâche pas l’histoire pour autant. Chacun a une personnalité propre, une complexité profondément humaine. Ainsi, chacun est passionnant, attachant, enrageant parfois. Chaque histoire, dans chaque période, est fascinante. Percutante.

L’auteur mêle avec brio le destin de ses personnages aux arbres. Ils ont tous leur sensibilité particulière avec ces êtres, qui sont finalement eux-mêmes un personnage à part entière. Grâce à une plume particulièrement riche, le lecteur est témoin d’une grande expertise du sujet. De l’aspect biologique à l’aspect mécanique, en passant par l’Histoire, il est plongé dans le monde sylvestre. J’ai personnellement appris beaucoup et me suis délectée des recherches et connaissances de l’auteur. Son engagement écologique est présent tout au long du roman, racontant les dérives capitalistes, la pauvreté, les catastrophes naturelles ; mais aussi à travers de magnifiques descriptions de milieux naturels, d’arbres, dans une contemplation bienveillante du monde.

Au-delà d’un discours résolument écologiste, Michael Christie parle de vocation au sens large. Professionnellement, mais aussi personnellement. Ce qui m’a le plus bouleversée, je crois, est de lire des vies entières. De la naissance -ou de l’enfance- à la mort. Il me semble qu’en tant que lecteurs, nous sommes coutumiers de la tranche de vie. Ici, les vies des personnages nous sont offertes, dans leurs camaïeux d’expériences, de traumatismes, de joies ; il est résolument impossible de qualifier une vie d’heureuse ou de malheureuse, mais bien de somme délirante d’instants de vie, qui chacun pourrait être un petit roman. Cette caractéristique si particulière de Lorsque le dernier arbre m’a rendue plutôt mélancolique et m’a plongée dans un abîme de questions existentielles. Ce qui, pour moi, est un très bon point, ne supportant pas les lectures trop superficielles. Pour en revenir aux arbres (puisque, toujours les arbres), je pense que l’on peut dire que la vie humaine est une tranche de vie d’arbre.

Et puis, comment ne pas en parler, il y a cet aspect spirituel que l’on retrouve tout au long du roman. Presque religieux, parfois. Du côté de 2038, il y a cette Cathédrale, nom donné à la forêt primaire, dans laquelle se promènent les Pèlerins, et qui abrite le « doigt d’honneur de Dieu », surnom donné à un pin d’Oregon immense et très âgé. La Greenwood Island, qui est un sanctuaire pour presque chaque époque (Cathédrale, planque, refuge…). La question de la morale est très présente également, traversant chaque année avec ses restrictions et ses libertés. Les personnages ont un rapport très étroit avec les forêts et les arbres, qu’ils rapprochent du divin et de la liberté, lorsque la ville est elle condamnée car aliénante et vectrice de déchéance.

Pour conclure, je suis subjuguée par ce roman. Je n’ai encore jamais rien lu de tel. Michael Christie est virtuose des mots, des émotions, de la poésie. C’est beau, c’est doux, c’est abrupt, c’est violent, c’est vrai. C’est à lire. 

« Que sont les familles, sinon des fictions ? Des histoires qu’on raconte sur certaines personnes pour certaines raisons ? Comme toutes les histoires, les familles ne naissent pas, elles sont inventées, bricolées avec de l’amour et des mensonges et rien d’autre. »

Quel plaisir de vous retrouver, d’autant plus pour vous parler d’un chef d’œuvre ! Je ne peux que promettre que je reviendrai vite, avec un nouveau roman empli de nature.

4 réflexions sur “Lorsque le dernier arbre, Michael Christie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s