Le Journal de ma disparition, Camilla Grebe

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♠ Titre : Le Journal de ma disparition

♠ Autrice : Camilla Grebe

♠ Traducteur : Anna Postel

♠ Éditeur : Calmann Levy (Noir)

♠ Année de parution : 2018 (2017 en VO, 2019 en poche)

♠ Nombre de pages : 432

♠ Genre : policier

Bonjour ! J’ai mis un peu de temps à revenir après la fin du confinement, toute prise que j’en étais avec la réouverture des médiathèques. Comme j’avais fini ma pile à lire de confinement (voir le bilan ici si ça vous intéresse), j’ai attaqué mon étagère à lire personnelle avec un achat de fin d’année passée, Le Journal de ma disparition de Camilla Grebe. C’est mon tout premier polar scandinave !


La 4ème

Il y a huit ans, la jeune Malin, alors adolescente, a découvert une fillette enterrée dans la forêt de Ormberg, une ville suédoise isolée. On n’a jamais pu identifier la petite victime. Devenue une jeune flic ambitieuse, Malin est affectée auprès de Hanne, la célèbre profileuse, et de l’inspecteur Peter Lindgren, qui reprennent l’affaire. Mais Peter disparaît du jour au lendemain, et Hanne est retrouvée blessée et hagarde dans la forêt. Le seul témoin est un adolescent qui aime errer dans les bois enneigés, la nuit. Sans le dire à personne, il récupère le journal que Hanne a laissé tomber et se met à le lire, fasciné…

Désormais seule dans son enquête, Malin est appelée sur les lieux du tout premier crime : une nouvelle victime a été découverte. Et si tous ces faits étaient tragiquement liés ?

Appréciation

Hmm déjà, ça n’a pas forcément à voir avec ce roman en particulier, mais comme je le disais, il s’agit de mon premier polar scandinave. Et pour le moment, je ne comprends pas trop en quoi le fait qu’il soit « scandinave » soit un gage de qualité supérieure… J’ai lu du tout aussi bon et jouissif en littérature française ou américaine. Bref, je tenais à souligner !

J’ai beaucoup apprécié le dépaysement. Ne connaissant rien à la Suède, j’ai été transportée dans un nouvel univers, avec des noms que je ne connais pas, de nouvelles tonalités, de nouvelles couleurs. Et en même temps, le village d’Ormberg, délaissé par les entreprises, ressemble à beaucoup de villes et villages que l’on connaît, où l’exode rural a laissé des carcasses de bâtiments vides et des habitants au chômage. Il y a le côté rassurant de comprendre exactement le contexte de l’intrigue ; il y a le côté décevant de se dire que non, ce n’est pas forcément mieux ailleurs. Alcoolisme, isolement, communauté, sont autant de jalons qui composent le paysage de l’histoire.

Tout d’abord, il y a Malin, une jeune flic. L’histoire commence par un flash-back qui nous raconte quand, adolescente, elle a trouvé un squelette en allant uriner derrière un buisson. Des années plus tard, la jeune femme est une adulte qui est entrée dans la police suédoise ; elle est missionnée pour résoudre la vieille enquête qu’elle a elle-même ouverte des années plus tôt et revient donc à Ormberg, dans le village qui l’a vue grandir. Malin est un personnage intéressant, tout en nuances. Férue de justice, révoltée, elle met tout en oeuvre pour accomplir son objectif. Objectif qui est double : écrouer le meurtrier et quitter le village au plus vite. A la fois du côté des forces de l’ordre et porte-parole des Ormbergiens, elle permet de joindre les deux facettes du roman : d’un côté l’enquête et ses répercussions, de l’autre la question de l’accueil des migrants en Suède.

En effet, une des pistes des habitants concernant le meurtre de la petite fille est que c’est un coup des Arabes qui vivent dans l’ancienne usine… Et Malin, qui parle avec un « je », nous explique toute la difficulté d’être professionnelle tout en comprenant les griefs contre ces réfugiés qui ont eu toutes les aides dont eux, les natifs, ont été privés. Grande question du lieu /moment /endroit où placer la frontière du racisme qui nous accompagnera tout au long de l’histoire.

Ensuite, il y a Jake. Adolescent de 14 ans, il cache un secret, un « mal qui le ronge » dont personne ne connaît l’existence. Cet aspect de sa personne fait que lorsqu’il découvrira Hanne, collègue de Malin, en pleine forêt, il ne signalera pas aux policiers qu’il a en sa possession le journal de la rescapée. Il est touchant, courageux ; son personnage pose les questions de harcèlement scolaire, de famille brisée, d’identité. Le roman alterne les points de vue de Malin et Jake avec brio. Chacun avance dans l’enquête à sa manière, tout en se battant contre ses propres démons.

Enfin, il y a Hanne. Hanne que nous n’apprenons à connaître que par les souvenirs consignés dans son journal et ce qu’en disent les autres. Amnésique lorsqu’elle est retrouvée dans la forêt, tout ce qu’elle sait de l’enquête étant consigné dans son journal qui n’est pas à la portée des enquêteurs, elle est presque effacée dans le présent, et pourtant si présente dans le souvenir. C’est un personnage auquel on s’attache franchement, malgré le fait que dans l’action, on ne la voit quasiment que prendre le thé avec sa logeuse. C’est très habile de la part de l’autrice ; le personnage est dans une nébuleuse et n’est connu du lecteur que de manière indirecte. J’ai trouvé cette écriture de personnage particulièrement astucieuse.

Le souci du détail est absolument partout, même s’il est parfois un peu forcé ; l’autrice nous attire à l’avance sur des détails qui auront une importance capitale par la suite (vraie ou fausse piste pour les enquêteurs, c’est selon). Les personnages secondaires sont tout aussi creusés que les protagonistes ; chacun traîne ses valises, des relations complexes, une personnalité appuyée. Les descriptions faites des lieux nous font y plonger. Le salon de Jake, l’ancienne boutique réquisitionnée pour devenir le QG des enquêteurs, la maison de la mère de Malin…

Le roman ne verse pas dans le gore ou le vulgaire, tout y est très subtil. L’accent est mis sur le côté social de l’intrigue. Le lien entre les habitants, leur vision des réfugiés, le lien familial. C’est un roman policier oui, mais c’est aussi et surtout un roman engagé, proche de l’Humain.

En bref, j’ai adoré ce roman. Les quelques maladresses que j’ai pu y trouver n’ont pas gâché mon plaisir, j’ai un goût de bienveillance dans le fond des yeux en refermant ce livre, j’ai passé un très bon moment de lecture. Je ne peux que conseiller !

Comme tout est en ce moment est à réapprendre dans mon métier, j’ai moins le temps de regarder les nouveautés (d’ailleurs, nous en avons peu). Il est donc possible que je lise et chronique des parutions plus anciennes, comme Le Journal de ma disparition !

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